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Stupeur et tremblements : triple évasion à Fontevraud

Le 15 Juin 1955, Roger Dekker, Gustave Merlin et Georges Damen, trois détenus de la maison-centrale de Fontevraud, décident de se faire la belle en plein après-midi. Pendant une semaine, leur cavale sème la psychose dans la région avant de se terminer tragiquement à Sainte Maure de Touraine.

Prélude à la liberté1

Georges Damen, Roger Dekker et Gustave Merlin travaillent tous trois à l’atelier du tissage de couvertures en compagnie de cinq autres détenus. Les 3 complices ont soigneusement préparé leur évasion. Vers 15 heures, Dekker et Merlin se ruent sur deux détenus dont ils se méfient et les ligotent avant de les enfermer dans une étuve désaffectée. Un surveillant attiré par le remue-ménage subi le même sort : tenu en respect par Damen qui le menace avec un stylet qu’il a fabriqué, l’homme est dépouillé de ses vêtements avant d’être lui-même attaché et enfermé. Un second surveillant accourant ainsi que le surveillant-chef sont assommés et rejoignent l’étuve.

Dekker et Merlin enfilent les tenues des gardiens pendant que Damen tient en respect les deux autres détenus. Les complices désactivent ensuite les systèmes d’alarme. Damen est trop costaud pour enfiler une tenue de surveillant : ses comparses grimés en gardiens l’encadrent donc afin de donner le change.

« Le charcutier de l’enfer »2 au pied du mur

Les 3 criminels arrivent au mirador dit de la « Rameuse » où se tient une sentinelle armée. Cette dernière ne se méfie pas et se trouve à son tour maîtrisée et désarmée.

Le dernier obstacle qui sépare désormais les 3 hommes de la liberté est le haut mur d’enceinte qu’il leur faut descendre. Pour cela, Damen a préparé des lanières de cuir qui doivent servir de corde. Or, celle-ci est trop courte : il manque trois mètres. Qu’importe, Dekker et Merlin descendent et sautent au bas du mur avec succès, mais lorsque c’est au tour de Damen, il lâche prise, sans doute gêné par sa main à laquelle il manque deux doigts. Le détenu chute et se fracture la jambe droite. Ses deux camarades l’abandonnent et fuient en direction du cimetière et de la campagne toute proche.

Une psychose portée par la presse

L’alerte est donnée. Deux surveillants tentent de poursuivre les évadés, rejoints par d’autres gardiens. Mais très vite, ils doivent confier les recherches à la gendarmerie. Pendant neuf jours, la population sombre dans la psychose, et noie les gendarmes d’appels. Parfois Dekker et Merlin se nourrissent dans les arbres fruitiers, et croisent même des agriculteurs qui ne les reconnaissent pas. La presse s’empare de l’évasion et relate chaque jour la chasse à l’homme qui doit se charger de traquer ces « dangereux criminels ».

Georges Damen, bouc-émissaire

Pendant la traque, Georges Damen « paie » pour ses congénères. On le laisse un après-midi entier au pied du mur d’enceinte, avant de le transporter à l’hôpital dans des conditions douteuses qui lui valent deux côtes cassées. Une fois plâtré, il est renvoyé à l’infirmerie de la maison-centrale de Fontevraud. Mais le voyage au retour est encore plus violent et arrive à Fontevraud avec trois nouvelles blessures : une fracture sur la jambe, un bras et une côte cassées. Accusant les gardiens de l’avoir attaché et battu il porte plainte contre eux. Ces derniers seront condamnés à six et deux mois de prison avec sursis.

ragique épilogue de la chasse aux évadés de Fontevrault3

Le 23 juin, Dekker et Merlin font la sieste près de Sainte Maure de Touraine. Le passage d’un cultivateur trouble leur repos mais ne semble pas les inquiéter. Pourtant, une fois rentré chez lui, l’homme appelle les gendarmes. Bien que ceux-ci soient débordés par les appels, trois d’entre eux se rendent à l’endroit indiqué par le témoin. Ils rencontrent les deux évadés qui s’enfuient dans un champ de blé et s’y couchent, invisibles. Les gendarmes appellent les renforts.

Chacun sait que « les fugitifs pourraient encore tirer deux balles »4. Pourtant, lorsque les renforts arrivent, c’est le début de coups de feu nourris sur le champ de blé où se cachent les forçats. Le silence retombe. On envoie un chien policier, qui n’aboie pas : Roger Dekker et Gustave Merlin ont été mis hors d’état de nuire.

La presse est immédiatement convoquée pour venir photographier les cadavres. La mort des évadés provoque une liesse parmi la population et les gendarmes : la tension des jours passés s’efface brusquement et tout le monde se précipite pour aller voir les corps transportés dans la voiture de gendarmerie.

 

1 Titre issu du journal « Détective » du 27 Juin 1955

2 Surnom employé par le journal « Détective » du 27 Juin 1955

3 Titre issu du journal « La Nouvelle République » du 24 Juin 1955

4 Sous-titre d’un article paru dans « La Nouvelle République » du 23 Juin 1955

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